27 mars 2010
On arrive à Tahiti au moment même où on prend place dans l’avion : des vahinés passent entre les rangées avec un panier de fleurs de tiaré, symbole de Tahiti, et en distribuent une à chacun. En quelques minutes, l’avion, transformé en jardin, fleure bon les îles. Pendant le vol, le steward rit au nez de Vanessa qui demande une tisane et lui propose plutôt une bière ou un verre de rhum. On arrive à Papeete à 22h, la veille de notre départ (24h de décalage avec la Nouvelle-Zélande). On est d’abord accueillis à la douane par des musiciens jouant de l’ukulélé, puis on fait la connaissance de Patrick, l’oncle de notre ami Marc, de sa femme Tahia et de son fils Jean, qui nous passent un collier de fleurs autour du cou.
On a quitté la Nouvelle-Zélande et sa température automnale, à l’extrémité sud du triangle polynésien, pour arriver en son milieu, sous une température de 30° et 83% d’humidité dans l’air. On mettra toute la semaine à s’y faire, sans vraiment y parvenir. Tout mouvement est ralenti et fait couler des litres de sueur. Le bon côté de la chose, c’est que Vanessa entre dans l’océan sans frémir, chose que l’on n’avait même pas connue en Thaïlande !
Malgré cela, et un décor pas très métropolitain, on sent l’atmosphère française. Un coup d’œil aux billets de banque, répliques aux couleurs locales et surdimensionnées du franc français, suffit. L’architecture des bâtiments publics, quoique plus exotique, dégage un air administratif bien de chez nous et les panneaux de signalisation sont définitivement « made in France ». Et si on n’était pas encore sûrs d’être sur le sol français, le passage au Carrefour, avec ses baguettes croustillantes et ses fromages qui puent, ne nous laisse plus aucun doute.
Ceci dit, l’histoire coloniale de Tahiti aurait pu modifier le paysage. En effet, l’île a été découverte dans la deuxième partie du 18e siècle par les Britanniques, qui s’allient alors au chef de Tahiti, fondateur de la lignée des Pomaré. Au début du 19e siècle commence la christianisation des Îles de la Société, dont Tahiti, et avec elle arrivent les premières missions catholiques françaises. L’implantation coloniale française suit rapidement et, en 1842, la reine Pomaré IV doit accepter le protectorat français. Puis, en 1880, le roi Pomaré V cède son royaume à la France.
On passe quelques jours balnéaires et très typiques à Moorea, avec musique des îles ou presque… http://www.youtube.com/watch?v=J9yzoTHP9HY et eaux turquoises. On fait aussi la rencontre d’un loueur de canoës lepéniste qui nous interpelle à 9h du matin sur la plage et part dans un laïus enflammé sur la dégénérescence du football français, qui compte trop de noirs et pas un seul Polynésien, faisant ainsi de « Liberté, Égalité, Fraternité » une devise mensongère.
On passe ensuite quelques jours avec Patrick, Tahia et Jean, qui nous font découvrir l’île de Tahiti de bout en bout, sa végétation fleurie et multicolore, son histoire précoloniale, notamment un marae, lieu de culte, associé souvent à des cérémonies culturelles, sociales et politiques, ainsi que ses curiosités naturelles, telles que le trou du souffleur, un tunnel dans la roche qui avale et recrache les vagues dans un souffle puissant. On finit la journée devant un bon steak frites dans l’ambiance foraine des roulottes, aux enseignes pour le moins franchouillardes, qui animent tous les soirs la place centrale de Papeete.
On a également la chance de prendre un vrai repas tahitien lors du week-end de Pâques. La nourriture est en partie emballée dans des feuilles de bananier puis disposée dans un four sous terre où elle cuit pendant huit heures à l’étouffée. On assiste au rituel de l’ouverture du four par un prêtre traditionnel tatoué de la tête aux pieds, et on déguste une multitude de plats délicieux devant un spectacle de danses tahitiennes. Pour le dessert, des personnes du public sont enlevées par les danseurs pour monter sur scène et parmi elles Julien, qui se sent très vite comme un poisson dans l’eau : http://www.youtube.com/watch?v=htUk6X8G6_c.