12 mai 2010
Après huit heures de bus à travers les Andes arides et majestueuses, on passe la frontière dans une sorte d’abri géant en plein désert, grouillant de monde et de véhicules.
On arrive à Mendoza et on flâne. On respire l’air pur, comparé à celui qu’on vient de quitter, il y a des arbres et de la verdure partout. C’est sympa. On va visiter les agriculteurs locaux qui fabriquent des conserves de légumes délicieuses. On visite aussi bien sûr deux « bodegas » parmi le nombre incalculable d’exploitations viticoles de la région (dont sont issus deux tiers de la production de vin argentin).
On poursuit notre traversée de l’Argentine à Córdoba, qui regorge d’églises jésuites donnant un aspect médiéval au quartier historique de la ville. On est moins intrigués par l’histoire des Jésuites que par une exposition qui nous a été racontée par une Canadienne rencontrée en Nouvelle-Zélande et qui se trouve être de passage à Córdoba en même temps que nous : BODIES REVEALED (http://www.bodiesrevealed.com/). On déambule au milieu de poumons, de reins et autres organes dans le but de mieux connaître et prendre soin de notre corps. Pendant la visite, on se demande subitement s’il s’agit de véritables corps et organes. Jusque là, il était évident que non. On a la réponse dans la dernière salle, sur le panneau d’explication au-dessus d’une personne qui a été découpée en tranches tel un rôti ; il s’agit bel et bien de véritables corps et organes humains… On sort vers 13h et on va manger dans un restaurant végétarien.
Pour nous remettre de nos émotions, rien de tel qu’un petit marché ! À la tombée de la nuit, dans le quartier de Güemes, les étalages de la plus grande foire artisanale d’Argentine sont montés tous les week-ends et offrent une multitude d’objets dans un cadre composé de lampions et de luminaires tel un firmament. Et tout autour, de nombreux magasins de design, d’artisans ainsi que de petits restaurants bien sympathiques complètent ce marché féerique.
Pour la prochaine étape, on ne sait pas trop à quoi s’attendre : on a rendez-vous avec Rita, une cousine du père de Julien, qui est née en Argentine et que l’on n’a jamais rencontrée. Elle et son mari viennent nous chercher à la gare routière et on est très vite rassurés. On a l’impression de se retrouver chez l’oncle et la tante que l’on connaît depuis toujours et que l’on revoit chaque année. Le retour dans une ambiance familiale nous fait le plus grand bien et on se laisse porter pendant ces quelques jours. La famille – Rita, son mari farceur Carbo et leur fille Mariu, qui a réinvesti les lieux avec ses deux enfants – habitent une jolie maison à une trentaine de kilomètres de Rosario, le centre des exportations agricoles et l’un des ports principaux du pays. Cette caractéristique engendre un trafic, ou plutôt un embouteillage perpétuel de poids lourds sur la route nationale entre lesquels il faut zigzaguer si l’on veut avoir une chance d’avancer. Carbo prend beaucoup de plaisir à nous démontrer son talent de pilote en doublant cinq ou six camions (par la droite ou par la gauche selon la configuration du tronçon concerné) avant de se rabattre in extremis entre deux camions. Il nous dit en riant que si l’on ne croyait pas en Dieu jusqu’ici, on allait s’y mettre.
Le soir, on dîne en famille ou entre amis et on fait la connaissance d'Augustino, le fils cadet, qui a un certain air de Roger Federer et de sa copine, Guillermina, dont le prénom fait subitement l’objet d’une recherche approfondie du prénom correspondant français. On se met d’accord sur « Hermine », sans grande conviction. On découvre également le véritable barbecue argentin, le plus petit bout de viande faisant deux fois la taille de notre côte de bœuf, le vin rouge s’accompagnant d’un glaçon et les différentes saveurs de glace s’arrosant de cognac.
La communication n’est pas si difficile que ça, on parle le « fraspanglish » (une touche d’espagnol, une pincée de français et une cuillérée d’anglais) et à nous tous, on arrive à se faire comprendre, les uns comprenant un bout de français, les autres parlant l’anglais ou articulant l’espagnol de façon didactique.
On passe quelques jours « en famille » très chaleureux, et c’est le cœur serré que l’on se dit au revoir en promettant de se revoir, en Europe, en Argentine ou ailleurs.
On débarque à Buenos Aires le week-end des festivités du bicentenaire de l’Argentine. Le centre-ville est bondé en permanence, et on s’y aventure à peine assez longtemps pour apercevoir le fameux théâtre Colon, qui rouvre ses portes pour l’occasion après deux ans de travaux de rénovation, pour se perdre dans la largeur (140 m) de l’Avenida 9 de Julio, l’une des avenues les plus larges du monde, pour faire quelques pas dans la rue commerçante et pour en avoir assez de la foule. On retourne aussi vite qu’on peut dans une bouche de métro – c’est-à-dire au ralenti, au milieu du monde qui y descend également – afin de retourner à Palermo, le quartier où on a posé nos valises et dans lequel on passe le plus clair de notre temps.
Palermo a été un quartier défavorisé de Buenos Aires jusqu’à ce qu’une chaîne de télévision s’y installe et fasse venir bars et restaurants, hôtels, boutiques de vêtements de marques ou de créateurs locaux, de gadgets art déco, de marchés d’artisans, etc. Aujourd’hui, Palermo est le quartier bobo haut en couleurs de la ville, avec son allure résidentielle, ses ruelles souvent pavées et ses maisons basses de caractère, anciennes et contemporaines, qui contribuent en grande partie à son charme. On dénote toutefois un petit côté fashion quelque peu exacerbé, qui nous fait parfois bien rire (selon notre humeur et ce qu’on rencontre).
On sort un jour de « notre » quartier pour aller visiter San Telmo, le quartier historique, plus populaire, qui regorge de musées en tous genres (Musée de la prison, Musée de l’habillement…), de brocantes, d’antiquaires, de cafés et de restaurants anciens, et qui dégage une atmosphère théâtrale de début du 20e siècle.
Après avoir abusé des auberges de jeunesse du monde entier, et avoir usé notre résistance aux fêtards et aux diverses surprises rencontrées dans certaines salles de bain ou certaines cuisines, on décide de viser un cran plus haut et de loger dans un Bed & Breakfast durant la première partie de notre séjour à Buenos Aires. La salle de bain (privée) est plus grande qu’une grande partie des chambres dans lesquelles on a dormi et comporte une baignoire, une douche (aussi grande, elle, que la plupart des salles de bain privées dont on a bénéficié), deux lavabos, des serviettes de bain immaculées, du sel de bain, etc. Le petit déjeuner est compris et plus que copieux, et l’architecture intérieure de l’immeuble originale et très sympa : les chambres sont disposées sur trois étages, le salon est au rez-de-chaussée et son plafond au troisième et, au premier, un pont passe au-dessus de la salle à manger, entre la cage d’escalier et une plate-forme qui contient la bibliothèque. Le personnel est très sympa et l’unique autre cliente, une Parisienne venue rendre visite à sa fille étudiante, également.
On entame la deuxième partie de notre séjour à Buenos Aires en investissant la chambre qu’on a réservée dans un hôtel spa de standing, histoire de terminer en beauté notre voyage. On prend notre petit-déjeuner (très design le petit-déjeuner) au lit, le personnel nous salue par notre prénom lorsqu’on entre, qu’on sort ou qu’on le croise, on trouve tous les soirs un petit biscuit sur notre oreiller ainsi qu’une carte indiquant les prévisions météorologiques du lendemain ; Julien ose un massage aux pierres chaudes dont il sortira transformé et Vanessa un massage agrémenté de tintements hindous et un traitement facial avec massage des mains et des pieds. On fait aussi le plein de vêtements et de restaus.
Entre deux, on fait un saut à Monte Video, qui se trouve à 2h30 de bateau de Buenos Aires. Mais notre escapade n’est pas un franc succès. Compte tenu du froid et surtout de la pluie diluvienne, on passe pas mal de temps entre notre chambre et le salon de notre hôtel écologique, très sympa, mais qui ne vaut pas le Bed & Breakfast à la salle de bain plus grande qu’une chambre à coucher et à la douche plus grande qu’une salle de bain. D’autant plus qu’il n’est pas possible de profiter de la terrasse sur le toit autrement que pour prendre une douche froide.
Le quartier historique de la ville est plutôt joli (même sous la pluie), avec ses bâtiments art nouveau et ses rues carrelées. On court au musée des arts décoratifs et on a la surprise de tomber sur une exposition temporaire exhaustive sur l’évolution de la cravate depuis le 18e siècle. Julien s’aventure au musée du football, au stade de la finale de la première coupe du monde, mais en revient déçu.
On passe néanmoins une sympathique soirée avec un couple irlando-genevois rencontré à l’hôtel. Ils ont quitté Dublin il y a trois semaines pour un voyage de trois mois et demi en Amérique latine, en Nouvelle-Zélande pour finir au Japon, où elle a trouvé du travail. On discute donc voyage, en réalisant à quel point on est essoufflés du nôtre et à quel point on se réjouit de rentrer.
Plus que quelques jours.
Le 3 juin à 13h30, on monte dans l’avion Buenos Aires – Madrid. On arrive le lendemain matin à 7h20 à l’aéroport espagnol, mais on ne se sent pas du tout chez nous. Même l’Europe nous échappe.
Notre avion suivant décolle à 9h20 et se pose à 11h10 sur le sol genevois. La vue des montagnes et des bus TPG donne les larmes aux yeux de Vanessa.
On est rentrés. Et on est impatients de l’annoncer à nos familles et amis qui n’en savent encore rien.